Cela fait maintenant 4 mois que je travaille pour ce service qui emploie des éducateurs remplaçants pour les Centres de le Petite Enfance du Québec.
Je remplace beaucoup en pouponnière, c’est à dire chez les moins de 18 mois, mais aussi parfois dans les groupes de 18-24 mois et 2-3 ans. Jamais chez les 3-5 ans, par choix et parce que j’ai moins d’expérience, j’aurais « peur » de ne pas trop savoir que leur proposer (contrairement à la France, l’école commence à 5-6 ans ici).
Bilan : Je ne regrette pas mon choix de venir découvrir la Petite Enfance au Québec, j’ai découvert de nombreuses autres façons de faire, par exemple un gros accent est mis sur la communication entre les enfants, l’utilisation du « je » pour régler les soucis (ex: « je n’aime pas ça »), l’estime de soi… Mais aussi le congés maternité de 11 mois, wahou! (Nous accueillons donc assez peu d’enfants de moins de 10-12 mois à la garderie, ce qui je trouve est très bien pour eux! Par rapport à nos bébés de 3 mois qui fréquentent déjà la crèche à temps plein…).
Mais c’est aussi parfois difficile pour moi entre le décalage culturel (je trouve les français un peu plus maternants), le statut de remplaçant qui oblige à s’adapter en permanence, à chercher le matériel, et surtout en pouponnière, le travail en binôme avec une collègue « permanente » avec qui je ne partage pas toujours les valeurs de travail (j’en avais déjà parlé, une de mes collègues recourait à une forte emprise psychologique et à la force physique afin de forcer les tout-petits à manger! J’ai depuis, banni cette garderie de mes remplacements).
Alors je suis bien contente parfois d’avoir des groupes plus âgés, car à partir des 18-24 mois, le ratio personnel-enfants est augmenté à 1 éducateur pour 8 enfants (1 pour 5 avant ça), donc le plus souvent, je suis seule avec mon groupe d’enfants pour la journée.
Finalement, je trouve que cela me convient mieux car, tout en m’adaptant à la routine établie, je peux travailler et m’organiser à ma façon.
Il y a quelques jours, j’ai eu une très belle journée, dans un local bien adapté, avec un groupe d’enfants de presque 3 ans. Je vais donc vous décrire ma journée avec eux.
8h15: J’arrive à la garderie un peu en avance, me présente et visite le local. Cela me permet de bien repérer avant comment il est aménagé. Puis on me présente aux 2 enfants déjà présents qui seront avec moi; ils jouent dans le local d’à côté. Au fur et à mesure de leur arrivée, j’explique à tous les enfants qui je suis et pourquoi leur éducatrice n’est pas là aujourd’hui. Avec cette tranche d’âge, c’est souvent facile, quelques secondes d’observation mutuelle et ils m’ »adoptent » vite; c’est parfois plus compliqué avec les 18-24 mois.
8h30: Avec les 3 enfants arrivés, nous regagnons notre local. Je les laisse jouer librement afin qu’ils se rassurent, me présentent leur jouets, et pour pouvoir accueillir les autres qui arrivent graduellement.
8h50: Je préviens les enfants que dans 5 min, il sera temps de ranger pour s’installer pour la collation (la journée en garderie comprend 1 repas et 2 collations!). Je préviens toujours les enfants d’un changement d’activités un peu avant afin de les préparer et leur laisser le temps de terminer leur jeu.
8h55: NOUS rangeons en chanson. Je dis bien nous, car je range avec eux (davantage qu’eux même), afin de les motiver et leur montrer comme ranger. Je chante en même temps, sur un air de « y a un rat, sous mon toit », un classique des garderies qui est « y’a pas qu’moi, qui range bien, je vois L**** qui range, y’a pas qu’moi qui range bien, je vois J**** ranger ». Et cela fonctionne très bien dès 2ans, 2ans1/2 car les enfants aiment qu’on remarque leurs efforts positifs et ainsi, être cités dans la chanson!
9h: Les enfants vont d’eux même se laver les mains, sans bousculade, chacun leur tour au lavabo installé à leur hauteur (le local est vraiment bien pensé!), avec savon, essuie-main et poubelle. Puis nous nous installons à table pour la collation.
Ce matin c’est du lait et des céréales. Si je sers moi-même le lait car le pichet et gros et lourd, je verse des céréales différents dans 2 bols (laissant ainsi le choix aux enfants), et propose aux enfants de se servir eux-même à l’aide d’une cuillère de service. Ils n’ont pas l’air d’avoir l’habitude de se servir seul mais ce petit exercice de choix-transvasement à la cuillère a l’air de leur plaire et ils se resservent tous plusieurs fois! Par contre le concept de « cuillère de service » et plus compliqué et je dois intervenir plusieurs fois pour expliquer pourquoi il ne faut pas se servir avec sa propre cuillère: peine perdue!
9h15-9h30: Lorsqu’ils ont terminés, ils ramènent seul leur bol et leur cuillère dans l’évier. Puis je propose aux enfants de nettoyer la table avec des carrés de torchons. L’exercice consiste à mouiller son tissu au petit lavabo, à apprendre à l’essorer en le pressant fort dans ses mains, à déposer le carré bien à plat sur la table,et posant sa main par dessus, laver toute la surface de la table. Je termine ensuite moi-même avec du désinfectant (hygiène et sécurité oblige!!). Cet exercice sera re-proposé pour le plus grand bonheur des enfants après le repas et la collation de l’après-midi.
En tout, 6 des 8 enfants ont désiré participé et ont beaucoup aimé l’exercice.
9h45: Nous nous installons en cercle à l’endroit prévu par l’éducatrice régulière afin de lire une histoire. Une des enfant a apporté un livre dans le thème du mois du groupe « les fées, princesses et chevaliers ». Nous parlons donc de ce sujet et la propriétaire du livre montre les différents personnages à ses amis.
10h: Nous partons au vestiaire pour le difficile exercice de l’habillage quasi-hivernal afin de sortir jouer dans le parc. Et là, c’est le seul moment de la journée où je « perds » mon groupe. Déjà, c’est ma faute, j’ai oublié de leur proposer de passer aux toilettes et certains sont continents. Je suis donc obligée d’aider chaque enfant à l’habillage, aux changements de chaussures (merci aux parents d’être attentifs au choix des vêtements et souliers :-s), tout en jetant un oeil à ceux qui sont aux toilettes, pendant que les autres courent partout, s’impatientent… Mais après 15 bonnes minutes, oufff tout le monde est prêts!
(Si vous avez des conseils pour m’aider à gérer ce moment au mieux, c’est le plus difficile de la journée, et malheureusement, il se répète au moins 1 à 2 fois par jour, 5 fois par semaine! Avec un groupe de 8 « bébés » de 18-24 mois, c’est vraiment un exercice de patience, pour eux comme pour moi!)
10h15: Nous partons pour le parc avec un autre groupe, les 16 enfants s’accrochent aux poignets d’un serpentin spécial afin de traverser la rue en toute sécurité, puis le lâchent dans le parc.
Il fait beau, nous profitons du sable, des toboggans, balançoires et autres jeux à grimper pendant 45 min.
Comme les enfants sont tous mélangés, je me retrouve à observer un groupe de « grands » de 4 ans qui s’amusent, ou plutôt s’éclatent sur un grand toboggan en spirale, en enfreignant la règle qui stipule « un enfant après l’autre pour glisser ». Ils montent à 4 ou 5 (il y a quand même une vaste plate-forme entre l’échelle et le début de la glissoire), s’accrochent et glissent ensemble en riant. Je les laisse faire, ne voyant rien de dangereux dans le jeu qui, au contraire, semble renforcer les liens amicaux entre eux.
D’autres manipulent des bâtons, du sable, tous vaquent à leurs occupations d’enfants. C’est un vrai moment de détente au soleil, y compris pour les adultes!
11h: Il est temps de rentrer pour le déjeuner. Après l’opération « déshabillage » un peu plus facile cette fois, malgré la fatigue évidente de certaines enfants, leur routine très bien établie, ils partent se laver les mains consciencieusement, sans avoir besoin de l’intervention de l’adulte.
La table étant un peu petite pour 8 enfant et un adulte, une règle dans ce groupe veut que « l’enfant du jour » (selon un roulement pré-établi et affiché avec des codes couleurs individuels) invite un ami à déjeuner en tête à tête sur une petite table un peu isolée du grand groupe. Aujourd’hui O. (fille), invite E. (garçon), à déjeuner avec elle. Il accepte volontiers et c’est O. qui sert son ami « au restaurant », lui apportant ce dont il a besoin.
Pendant que je mange avec le reste du groupe, j’observe les 2 amis à l’écart qui discutent et communiquent à leur manière pendant tout le repas, comme 2 amis heureux de se retrouver ensemble, hors du grand groupe. J’ai aimé cette idée d’un peu d’individualité dans un groupe. Laisser le choix de l’amitié, permettre à un enfant de servir son convive! Dommage que ce soit le seul endroit où j’ai pu voir cette très belle idée.
Puis c’est nettoyage de la table, et lavage des mains.
12h: Je demande aux enfants de m’aider à installer leurs affaires pour le temps du repos. Ils sortent leur petit matelas, leur couverture et les installe à LEUR place, un endroit désigné pour chacun d’eux, où, sur chacune de leur place et à leur hauteur, est accrochée une photo de leur famille.
Ils enlèvent ensuite leurs souliers et vont à tour de rôle aux toilettes. J’aide ceux qui en ont besoin à changer leur couche, debout.
Puis je baisse les stores comme le ton de ma voix et ils s’installent chacun sur leur petit matelas pour jouer à des jeux calmes. L’éducatrice de ce groupe a prévu un beau choix de petites boîtes avec de petits objets pouvant être manipulés au calme sur les matelas avant la sieste. Les enfants ont le choix entre des petites plaquettes de bois, des dominos, des figurines d’animaux, des personnages, des toupies, des « cailloux » brillants style déco de salle de bain, … D’autres choisissent des livres, certains commencent même à somnoler. Puis nous rangeons.
12h45: C’est l’heure de se reposer (ou plutôt de dormir, car à cet âge, tout le monde y parvient encore!). Comme je ne parviens pas à faire fonctionner le lecteur CD, c’est moi qui fredonne quelques berceuses.
13h-13h45: C’est l’heure de ma pause, bien méritée!
13h45: Quand je reviens, tout le monde s’est endormi. Je remplis les cahiers de liaisons, qui, je l’ai vite compris, ne sont que rarement lus par les parents au quotidien. D’abord parce que nous parlons de vive voix, quand je suis encore là, et parce que tout le monde court. C’est dommage mais c’est comme ça. Dans nos vies, on court. On « récupère » son enfant en courant pour repartir toujours plus vite faire des courses, le diner…
14h20: Certains enfants commencent à se réveiller. Je leur laisse le temps de s’étirer puis leur propose de prendre des livres en attendant le réveil des autres. Graduellement, ils passent aussi à la salle de bain et remettre seul ou avec mon aide, leurs chaussures.
15h15: Tout le monde est réveillé et prêt, nous repassons à table pour la collation de l’après midi (et oui en garderie, on a l’impression de passer notre temps à table! 3 fois sur 8 ou 9h de travail!!). Même déroulement que pour la collation du matin mais c’est moi qui sert le crumble et le lait. Puis nettoyage de la table par les enfants, des mains et je leur demande à quoi ils aimeraient jouer.
15h45: Plusieurs enfants veulent faire de la pâte à modeler, un autre veut dessiner, d’autres encore jouer et le dernier me tends le livre que nous avons lu le matin.
J’installe donc la pâte à modeler sur la grande table, avec un panel d’accessoires tels que couteaux en plastique, rouleaux à pâtisserie, emporte-pièce… Et plusieurs petits se lancent, les uns dans la « cuisine », les autres dans la fabrication de serpents…!
Sur la plus petite table, j’aide un enfant à s’installer les feutres et du papier.
2 autres sont déjà partis jouer avec les légos.
Enfin je m’installe au milieu de tout ce petit monde qui s’affaire avec le dernier, afin de lire avec lui le livre de princesses et chevaliers…
Mais déjà, dès 16h, les parents défilent, arrivant discrètement à la porte pour observer, émerveillés, leur tout-petit concentré dans son jeu ou son œuvre.
En peu de temps, la plupart sont partis et c’est à mon tour de rentrer chez moi. Jusqu’au lendemain, où je me demande ce qui m’attend… De belles surprises, ça ne fait aucun doute!
A demain!